L'anti-humanisme derrière la déification de la nature
Shattering - food, politics, and the loss of genetic" est un livre de Cary Fowler and Pat Mooney publié en 1990 les éditions The University of Arizona Press. Une presse universitaire donc, rien que ça.
Ce livre présente beaucoup d'éléments de la désinformation pseudo-écologiste sur les semences. Je vais vous en faire une présentation succinte et, surtout, souligner ces éléments, avant de faire un commentaire plus large. Puis je vous donnerai ma prise de note.
Résumé
Le livre commence en présentant comme un terrible désastre une infestation ("southern corn leaf blight") et une mauvaise récolte causée par le froid en Ukraine. Serait en cause l'uniformité génétique des cultures, une propriété récente de l'agriculture. Il présente ensuite la diversité génétique comme une ressource très importante, pour laquelle le Nord serait dépendant du Sud.
Première partie
Il présente implicitement l'agriculture comme une "malédiction", prétendant que les chasseurs-cueilleurs étaient en meilleure santé et qu'ils ne manquaient pas de nourriture.
Ils passent le reste de la partie à dénigrer la Révolution verte. Elle aurait été un facteur majeur d'uniformisation, avec la diffusion de variétés à haut rendement concentrées sur trois cultures principales (blé, maïs, riz). Selon eux, ces variétés nécessitaient des intrants (engrais, pesticides) que beaucoup d'agriculteurs du Sud ne pouvaient s'offrir, et ont entraîné la disparition de nombreuses variétés locales.
Seconde partie
La seconde partie consiste à diaboliser l'industrie semencière et l'entrée de l'industrie des phytosanitaire sur ce marché, laissant entendre que les agriculteurs sont obligés d'acheter des packs semences+pesticides.
Ils décrivent l'émergence du maïs hybride dans les années 1920-1930 comme un tournant, créant une dépendance des agriculteurs vis-à-vis des semenciers (impossibilité de ressemer la récolte). Les auteurs critiquent les lois sur les brevets et certificats d'obtention végétale, qui selon eux favorisent l'uniformité génétique (les variétés brevetables devant être "uniformes"). Ils soulignent une asymétrie : les innovations des agriculteurs du Sud (sélection communautaire et informelle) ne sont pas reconnues juridiquement, tandis que les obtenteurs du Nord bénéficient de protections légales.
Ensuite, ils adressent la question de la conservation de semences. En effet, leur alarme tout du long du livre est que les variétés disparaissent, remplacées par celles optimisées et à haut rendement, promues par les organisation de la Révolution verte. Ils dénigrent évidemment les efforts des grandes institutions, présentant leur stockage comme non durables et prétendant qu'ils servent surtout aux pays du Nord.
Il prend comme modèle opposé l'idée de collections communautaires décentralisées.
Ils développent la thèse d'une "dépendance génétique du Nord envers le Sud", les pays développés utilisant les ressources génétiques des pays en développement (notamment pour résoudre des problèmes phytosanitaires) sans compensation adéquate.
Commentaire
Ce livre développe très bien les thèmes de la désinformation pseudo-écologiste sur les semences et surtout le dénigrement de la Révolution verte. C'est en effet difficile à comprendre, ce mouvement ayant permis à beaucoup de pays d'entrer dans la modernité et de réduire la faim dans le monde. À travers son dénigrement ainsi que le dénigrement de l'agriculture elle-même en introduction, on devine la dimension anti-humaniste de la pseudo-écologie.
On retrouve aussi le lien avec le mouvement tiers-mondiste, très anti-occidental.
Une technique récurrente est de prendre un cas particulier et en faire une généralité. Le début du livre est comme ça : il monte en épingle des problèmes, qui sont en fait minimes comparé à l'apport de l'agriculture moderne. On retrouve ça aussi quand il évoque des cultivateurs de betteraves qui auraient peu de choix de semences, et uniquement à fort rendement, ou encore des vols à une banque de semences, qui auraient permis à des industriels de breveter une semence ancienne (une anecdote non sourcée, probablement fausse).
Au niveau du ton, on observe que s'il se veut plutôt universitaire, avec beaucoup de sources, il est aussi très souvent romanesque et affirme des choses sans sourcer.
Il est évident qu'ils tentent de manipuler le lecteur.
De manière intéressante, il fait à de nombreuses reprises l'éloge (mérité) de Vavilov et déplore le Lissenkisme.(p.220)
___________________PRISE DE NOTES__________________
Première partie
La première partie est pleines de choses très raisonnables, avec une part de mauvaise fois et quelques absurdités. Oui le fait d'avoir plein de schémas génétiques à explorer aide pour améliorer la génétique, sans doute il y a un problème d'uniformisation causé par l'optimisation agricole, etc. Non cela ne prive pas d'intérêt la modernisation agricole et non cela ne veut pas dire qu'il faut retrouver une sélection génétique pré-révolution industrielle.
Introduction
L'introduction consiste à dramatiser l'impact de la faible diversité génétique des cultures. Et ils y vont pas avec le dos de la cuillère : "While many may ponder the consequences of global warming, perhaps the biggest single environmental catastrophe in human history is unfolding in the garden. [...]Reducing the diversity of life, we narrow our options for the future and render our own survival more precarious. It is life at the end of the limb. " (p.ix) Voilà donc les premiers mots sont que la baisse de la biodiversité agricole est encore plus une catastrophe que le réchauffement climatique ...
Elle continue en évoquant une maladie, "southern corn leaf blight", qui serait apparu en 1961 et aurait ravagé 15% des récoltes. Les auteurs accusent "ot the disease but crop uniformity." C'est un thème aussi récurrent avec l'élevage et les zoonoses : l'uniformité génétique les favorise.
Les auteurs font ce qu'ils peuvent pour présenter cela comme quelque chose d'absolument terrible, mais les ceux qui suivent le monde agricole savent que ce genre de choses font partie "du jeu". Par exemple, les récoltes de blé ont été fortement impactées il y a quelques années par des pluies abondantes en juillet. Et les maladies (ici il s'agit d'un champignon) se traitent. Évidemment, lorsqu'elles apparaissent, elles surprennent. Là c'est présenté comme si la maladie avait ruiné complètement l'agriculture, alors que la culture du maïs américaine se porte toujours bien.
Ils continuent avec un autre fait divers agricole en racontant toute une petite histoire ("ah untel croirait que les récoltes seraient bonnes, mais untel non, alors ils ont fait un accord avant, oh, ah" bref) autour d'une mauvaise récolte en 1971, liée au choix d'une variété de blé à haut rendement ne résistant pas bien au froid en Ukraine.
Bien sûr, ils montent en épingle l'épisode, soulignant que ça a augmenté le prix du blé, sans dire évidemment que sans les pratiques modernes, ce blé (beaucoup plus en fait) n'aurait pas été produit du tout.
Les auteurs prétendent également que le "nord" serait "gene-poor" (= pauvre en gène) et qu'il prendrait les gènes du Sud. Ainsi la solution à la maladie du maïs sus-mentionnée aurait été trouvée dans un maïs africain. Ils évoquent même "The North’s genetic dependence on the South"(la dépendance génétique du Nord envers le Sud). La valeur des gènes des blés du Sud serait estipée à 500M$ par l'OCDE. On sent la volonté d'identifier une dette du Nord envers le Sud, ce qui serait cohérent avec l'agenda tiers-mondiste / décolonial, proche de la pseudo-écologie.
Les auteurs présentent ensuite la réalisation d'une banque de semences du Tiers-monde ("global collection of Third World crop germplasm") par l'ONU en 1972 comme un projet conçu pour soutenir les entreprises semencières du Nord. On retrouve la diabolisation de la propriété intellectuelle génétique ("Patent monopolies and global opportunities have turned the old seed houses into transnational genetics supply corporations.")
On retrouve aussi la diabolisation de la révolution verte ("With the arrival of the green revolution, the world’s food supply has been faced with a new wave of genetic erosion.")
Les origines de l'agriculture
Il commence en racontant à quel point la nourriture était abondante pour les cueilleurs préhistoriques et que c'était à cause de l'augmentation démocraphique.
On y trouve des passages un peu bizarre, comme une sorte de fétichisme de la naturalité. Par exemple il évoque une tribu qui aurait un vocabulaire de 30000 mots (sous-entendant qu'elle serait en fait particulièrement évoluée) (p.5-6) ou encore un professeur qui prétendait pouvoir récupérer un kg de grain par heure à la main dans un champ de "blé sauvage" (probablement une variété "moderne" se baladant dans la nature).
Un autre moment il prétend qu'un observateur de Chine ancienne du second siècle avant notre ère prétendait que personne ne mourrait de faim ou craignait la famine. (p.6) Je ne comprends pas, parce que d'une part cela me semble absurde, et d'autre part parce que cela faisait 5000 ans que la Chine cultivait et qu'il m'a semblé qu'elle était particulièrement en avance, notamment sur les systèmes d'irrigation et la sélection génétique.
On retrouve aussi l'idée que les chasseurs-cueilleurs étaient en meilleure santé grace à une alimentation plus diversifiée. "Professeur Harlan" prétend même qu'il n'y avait pas de famine en dehors de "perturbations drastique d'agents extérieurs" (p.7)
On retrouve (je ne sais pas trop ce que ça vient faire là) le discours sur les adventices : "Views differ as to what a weed is. It may be an “unwanted plant,” one “srowing where it isn’t supposed to” — but one person’s weed is another’s flower." (p.12)
Il présente comme merveilleux le processus de sélection variétale. (p.20)
On retrouve la présentation essentialiste de la mauvaise herbe ("weed"), un peu comme si cela devait etre une question philosophique (alors que c'est une question pratique : est-ce que j'ai envie de récolter ça ? La repousse d'une culture précédente est indésirable). (p.23)
Le livre fait l'éloge de la sélection variétale, notant qu'une myriade de variétés, conçues pour prospérer dans des contextes variés, sont cultivées. (p.26-27)
La création de banques de semences
Le livre fait, étonnamment, l'éloge de Vavilov et dénigre son arrestation par Staline ainsi que Lissenko. Vavilov aurait fait une banque de semences. Idem d'autres acteurs.
Plus étonnant, ce passage : "In the U.S., ironically, genetics is now coming under attack by the Moral Majority and other right-wingers. They charge that it is “secular humanism” and anti-Christian." (p.29)
Il parle ensuite de la "valeur de la diversité" en commençant par vanter l'agriculture néolithique qui résisterait mieux aux insectes et aux maladies grâce à leur diversité, leurs "défenses accumulées par les plantes pendant des millénaires d'adaptation" ou encore l'absence de grand champ continu. (p.42) Il prétend également que les herbes sauvages croisaient des fois avec la "culture", "infusing them with greater stamina and resistance." (p.43) Il oppose la famine irlandaise.
La découverte de la génétique mendélienne au XIXe a permis d'avoir des variétés plus "pures", optimisées pour le rendement, mais qui manquaient de résistance. On avait aussi moins de diversité dans les champs. (p.46)
On retrouve ensuite un discours commun du pesticide-bashing : l'idée que les pesticides seraient contre productifs, car il tuent non seulement les insectes cibles, mais aussi leurs prédateurs. (p.47) De plus, les insectes développeraient des résistances rendant les pesticides inefficaces. (p.49)
C'est un discours particulièrement vicieux, parce qu'il n'est pas tout à fait faux. C'est pour cela que les agriculteurs utilisent les pesticides avec parcimonie.
On note une incohérence dans ce discours : logiquement les prédateurs devraient aussi se mettre à résister (d'autant plus vite qu'ils ne sont pas cibles).
Il prétend que "Kenyan wheats, to cite but one example, last an average of 4.3 years before they have to be pulled off the market and replaced by a new variety." (p.49, note 28))
On retrouve les estimations phénoménales de la valeur des variétés "sauvages". (p.52)
Révolution verte et la diversité génétique
La Révolution verte aurait été essentiellement motivée par la lutte contre le communisme, notamment avec l'International Rice Research Institute (IRRI). (p.56-59)
On retrouve une désinformation classique, l'assimilation des engrais à la guerre : "The technology developed during World War II to produce bombs made possible the production of nitrogen fertilizers after the war. As it turned out, the new varieties were fertilizer-responsive: they were capable of taking the added nutrients in fertilizers and translating them into greater yields." (p.58) En effet, le procédé Haber-Bosch a été découvert en 1909 et industrialisé en 1912 à des fins agricoles. La guerre a au contraire été un obstacle à son utilisation agricole.
Idem sur la Révolution verte, qui n'aurais pas vraiment diminué la faim en faisant adopter des variétés inadaptées à des fermiers ne pouvant pas les fertiliser et protéger correctement. Elle aurait abouti à une uniformisation des variétés. (p.59)
Beaucoup de variétés se seraient éteintes faute d'effort de conservation. (p.60-79)
Le discours est volontiers complotiste, comme si les promoteurs de la modernisation avaient souhaité ces disparitions : "Most commentators examining the loss of genetic resources explain that the cause is “modernization of agriculture,” a term that sounds as antiseptic as it does inevitable. This explanation gives no insight into the planning and efforts that certain interests made to create the preconditions for “modernization” and no inkling of the forces that persuaded and cajoled Third World farmers to get “modernized.” The new varieties were and are at most only a tool—one element of a broader phenomenon whereby subsistence agriculture is being challenged, and its practitioners integrated into the market economy. [...]And as this transforma- tion took place it became easier and easier for government planners to listen to scientists and corporate interests rather than to farmers, for it was no longer the farmers who were in control of agriculture. The seeds came with the genetic code of the society that produced them. They produced not just crops, but replicas of the agricultural systems that produced them. They came as a package deal and part of the package was a major change in traditional cultures, values, and power relationships both within villages and between them and the outside world." (p.75-76)
On voit cet espèce de fétichisme du "contrôle", de l'autosuffisance, très présent dans le milieu pseudo-écologiste et qu'on retrouve beaucoup dans le milieu de l'éco-construction.
"Nevertheless, green revolution varieties of other crops have frequently replaced local legume crops, not only causing their extinction, but also depriving local people of a crucial source of protein." (p.77)
La sélection moderne se concentrerait sur un gène pour "la résistance" (?!), alors que dans la sélection traditionnelle elle serait représentée par des centaines de gènes. (p.81) C'est la supériorité de la naturalité ainsi qu'une diabolisation. On retrouve la fallacie consistant à dire que les pathogènes trouvent toujours une parade.
"Recently seed companies have collaborated to lobby for seed patenting laws—laws allowing a company to obtain a “patent” (or patent-like certificate) on a new variety of lettuce or tomato, for instance. To be enforceable, these laws require that the new, patented variety be internally consistent—uniform." (p.87)
Le fait que ces lois soient aussi faites pour "favoriser le commerce international" est présenté comme diabolique. On a vraiment l'anticapitalisme primaire qui exude du texte.
Plus précisément, c'est le thème de la diabolisation de l'exportation de nourriture. Il revient à plusieurs reprises. (p.95)
On retrouve l'idée que l'agriculture moderne serait droguée aux intrants : "Try telling a plant breeder that we will not always have oil-based fertilizers and pesticides to use on our heavily dependent (even addicted) crops, and, likely as not, the response will be, “Yes we will. We have to. How else can we feed the world’s population?”" (p.88)
Ensuite ils parlent longuement de la déforestation brésilienne, essentiellement pour dénigrer l'agriculture moderne.
Seconde partie : Genetics Technology and Politics
La seconde partie s'annonce plus riche en désinformation, commençant par une phrase complotiste : "When American scientists with the U.S. National Academy of Sciences studied the genetic vulnerability of major crops, they concluded that “powerful economic and legislative forces” contributed to the uniformity of the food system. Over the past three decades, the private seed industry has taken charge of the distribution of “high response” seeds in the North and is now turning its attention to the South and the centers of genetic diversity." (p.115)
L'effet d'apposition est ici superbe, le lecteur pouvant supposer que l'Académie des Sciences américaine endosse ou au moins étaye aussi la seconde phrase.
Le paragraphe continue "Even as the seed trade expands, it is being transformed into a “genetics supply” industry dominated by the transnational enterprises that manufacture farm chemicals."
La puissante industrie semencière
Le chapitre présente des données sur l'industrie semencière, montant en épingle son importance. De manière amusante, il commence par reconnaître l'importance de la recherche publique en la matière. (p.119)
" But the gene business is pivotal for the $17.4-billion pesticides industry" (p.118)
Les auteurs font une sorte de petit historique des entreprises semencières, soulignant que beaucoup sont des coopératives, puis qu'il y a de grandes multinationales qui domineraient ce marché dans beaucoup de pays.
Puis, il diabolise l'arrivée de l'industrie agrochimique dans le marché avec le développement de variétés résistantes aux pesticides ; ainsi que l'arrivée d'industries pétrochimiques, intéressées par les produits chimiques qu'on peut extraire des plantes.
Les auteurs reprochent à la Révolution verte de d'avoir concentré sur trois cultures : blé, maïs et riz. (p.131) N'importe qui ayant creusé le sujet sait que ces cultures représentent l'essentiel de l'apport nutritionnel dans le monde. Voir ma synthèse sur la production agricole mondiale.
Il déplore la disparition de "l'agriculture paysanne" ("Peasant agriculture succumbed.Peasant crop varieties vanished."), puis on retrouve la manipulation classique de la désinformation sur les semences, cette idée de dépendance, de drogue : "And companies that originally got into the game to supply crop chemicals found that they could make even more money selling varieties dependent on those chemicals." (p.131)
Ce point est très intéressant : "German sugar beet farmers have often found themselves forced to accept a seed/chemicals combination through their contracts with sugar refineries." (p.131) En effet, la betterave est une des rares activités, avec le lait, où il y a effectivement une certaine dépendance à la sucrerie locale. Les betteraves représentant une masse phénoménale (80t/ha, à comparer par exemple aux 7t/ha courantes en blé), elles doivent être traitées relativement près du champ. Parfois il y a plusieurs sucreries possibles, parfois non. De plus, les contrats dont on m'a parlé sont sur plusieurs années. Enfin, il s'agit souvent de coopératives et donc des décisions des agriculteurs. Et les agriculteurs que j'ai interviewés ne m'ont pas parlé de telles pressions. Et surtout, ils ont fait le choix de faire de la betterave, ils pourraient faire le choix de ne pas en faire.
Ainsi, les auteurs généralisent un cas ultra-spécifique pour prétendre que les agriculteurs sont forcés d'acheter les semences dépendantes aux intrants.
Leur vocabulaire trahit une méconnaissance des choses agricoles, mais la présentation reste toujours négative. Ils dénigrent un package vendu au Soudan consistant en une variété résistante et ses herbicides. Il reproche que le fermier doit "return to the company each year to have the chemicals injected into the seed coating." En réalité, si c'est une variété hybride, on rachète chaque année la graine, sans doute enrobée. Les efforts commerciaux du semencier sont présentés comme une sorte de lobbying insupportable : "The net effect of all this creative chemistry is that Ciba-Geigy can expand its sales of the Dual herbicide while wrapping up the Sudan’s sorghum crop in a package very profitable for the company. The Sudan Mechanized Farming Corporation rejected the deal. Undaunted, Ciba-Geigy was back in the Horn of Africa—in Ethiopia this time—in the early summer of 1985 offering to sell hybrid sorghum to the famine-ridden nation." (p.132)
Ils dénigrent d'autres "package" ensuite, on passe. Ce déveveloppement aboutirait à favoriser des semences demandant beaucoup d'intrants. Une étude du Congrès américain de 1979 observerait notamment un usage croissant de "variétés hybrides de maïs sensibles au foreur du maïs". (p.135)
Un chercheur, Valerie Silvey, prétend qu'il y aurait un cycle : "Farmers would grab up the hot new variety that offered virtually complete protection from the pest, only to find that the gene had been overcome by mutating pests within three years." (p.135) C'est présenté comme une vérité acquise.
La réalité du marché est présentée de manière caricaturale : "In short, the future may offer chemical/seed conglomerates a choice of how they want to make their profits: through pesticides, or through disease and pest resistant plant breeding." Et juste après ils précisent que les agriculteurs choisiraient, s'ils avaient le choix, les variété moins dépendantes, mais qu'ils ne peuvent pas vraiment ("Farmers could reject the chemical connection. Now that the dominant seed providers are chemical concerns, however, the options are dwindling.")
L'idée que le marché puisse se diversifier ne leur effleure pas l'esprit. On est vraiment dans cette vision très gauchiste de l'entreprise, qui est qu'un marché ne peut aller que dans un seul sens et que ce sens est évident, même pour des gens qui n'ont jamais créé d'entreprise (au-delà de leur firme de consulting) de leur vie.
Le chapitre a des parties avec un nom proche, autour d'alchimie : "Alchemy", "Multinational Alchemists" et "Malchemy" pour décrire le dernier mouvement. On est vraiment dans la diabolisation la plus basique.
"The seed industry has a long history. But its real roots lie with today’s subsistence farmers and their and our Neolithic ancestors. Long before Darwin, Mendel, or the renowned American plant breeder Luther Burbank, the plant breeding facet of agriculture was undertaken by sophisticated, capable people who walked their fields with a keen eye for the best plants to be saved for seed. [...] Today the number of seed innovators has declined, as have the numbers of truly different varieties available, and the genes that make them up. "
Enter Biotechnology
"The pace of biotechnological breakthroughs is so fast that one could safely say that no genetic conservation system exists which could collect the traditional varieties as quickly as they will likely be eliminated by biotechnology." (p.142)
On voit clairement le décrochage qu'il y a ici entre leur discours, descriptif, est les implications générales qu'ils en tirent. En effet, il n'y a rien dans le système actuel qui se soit opposé aux efforts de conservation, il suffirait d'un peu de volonté politique. Surtout, les auteurs n'ont montré aucune corrélation directe entre la quantité de variétés conçues par l'industrie et la disparition de variétés "traditionnelles". Au final, on comprend la logique globale : simplement dénigrer l'industrie semencière.
Ils ont ainsi construit cet espèce de réflexe cognitif, consistant à associer le sophisme de l'effet rebond à l'innovation variétale. On est dans la novlangue.
Les auteurs, en pensant dénigrer les droit de propriétés intellectuelle, en font la promotion :
"Farmers may not wear white coats or use fancy equipment, but they ob- serve variation, note mutations, practice selection, and engage in breeding and seed multiplication—the basic activities of their plant breeder coun- terparts in the North. The difference is that in industrialized countries, laws are designed to recognize the achievements of individualized work. The “inventor” gets a patent or patent-like protection. The Third World system of innovation is more informal and communal in structure, hardly conducive to our formalized patent system. Thus, the contributions of farmers go unrecognized, unrewarded, unprotected—even denigrated."
Ils prétendent ne pas être luddites et en prennent pour preuve qu'ils ne seraient psa opposé aux biotechnologies (=OGM) en matière médiacle.
Global Conservation Begin
Le titre est explicite. Ils proposent une histoire des efforts de conservation, c'est un chapitre instructif. Ils auraient commencé avec Vavilov dans les années 1920, des "initiatives fragiles" de l'ONU à la fin des années 40. Les efforts auraient réellement commencé dans les années 1960 et auraient été "détournés à une organisation internationale ne répendant pas aux gouvernement, l'IBPGR". (p.147)
Toujours la diabolisation de l'Occident : "In the campaign to conserve, the short-term interests of the North have domi- nated, leaving most of the South’s collected germplasm in cold storage in the North."
Ils évoquent notamment une banque de semences dans un glacier du Tyrol à partir de la fin des années 30. Aux États-Unis, le National Seed Storage Laboratory a été créé en 1958.
Ils critiquent longuement l'IPBGR, dénigrant ses efforts et résultats. Ils dénigrent le concept même de banque de semences, prétendant que ce n'est pas le seul choix. Ils reprochent qu'elles peuvent malfonctionner et prennent l'exemple d'une unité en Éthiopie. (p.161) Je n'ai pas trop compris l'alternative proposée. Des critiques sur le mode de stockage son plus sérieuses ensuite. (p.166)
Politics of Genetic Resource Control
On retrouve l'idée que le Nord aurait une dette envers le Sud : "Again, the dollar value of the Third World’s donation (through IRRI) cannot be ignored. "
Les auteurs évoquent des vols : des entreprises privées arriveraient à obtenir et breveter des semences proches de ce qui était dévleoppé par l'IARC. Il prétend que "The companies can take IARC material and exploit it for their own commercial purposes on a global scale." (p.186)
Ils n'apportent aucune source. C'est du reste la base de la désinformation sur le semences. Les droits de propriété intellectuelle supposent une nouveauté. Si vous essayez de breveter une variété déjà existante, vous courrez le risque que quelqu'un le fasse remarquer et que votre brevet ne valle rien.
Ils continuent de dénigrer l'IBPGR, lui reprochant de placer les banques de semences dans des pays du Nord (oui la stabilité politique et la bureaucratie de qualité sont aussi communes au Sud après tout ....).
Ils minorent l'obstacle de l'embargo de plusieurs pays sur leurs variétés (ex : Éthiopie sur le café) et reprochent aux entreprises (comprendre "le Nord") de refuser que leurs variétés aillent dans les banques de semences. (p.193) La malhonnêteté de l'argument est évidente : ces banques servent pour les variétés anciennes, pas celles des entreprises. Ils reprochent même à la banque de Dublin de ne pas donner de matériel aux scientifiques de pays non membres de l'UPOV ainsi que les boycott contre l'URSS (p.194).
Responsibility and Commitment
"Most of us want our crises in single file. Where does this one rank among the legions of disasters awaiting the human species? What’s going to get us first? Loss of genetic diversity? Nuclear war? The green-house effect? Breakdown of the ozone layer? Television? Acid rain? Soil erosion? [...]All the issues come down to ques- tions of social justice and public action. Working on one does not mean losing sight of the others. We do not want this book to steal anybody away from their work on nuclear disarmament or industrial pollution to grap- ple solely with seeds."
(p.201)"Genetic erosion—not a new problem—threatens to intensify as biotechnology produces new and more attractive varieties for farmers to adopt." (p.201)
Ils diabolisent les biotechnologies, qui pourraient créer des "germes guerriers". (p.203)
Ils déresponsabilisent l'Éthiopie de ses choix. Si elle s'est trompé, c'est la faux à la vile pression des experts : "The Ethiopian famine had many causes—overgrazing, water manage- ment problems, politics, the drought itself. But unnoticed among those problems was the pressure imposed by outside “experts” for Ethiopia to abandon its drought-tolerant crops and cultivars in favor of green revolution varieties." (p.207)
Ils racontent l'histoire (non sourcée évidemment) du Nicaragua, qui importait beaucoup de semences américaine et a choisi de déveloper ses propres semences, qui ont dépassé les performances des variétés promues par le CIAT ("CIAT’s green revolution bean varieties"). Ils présentent ça comme une sorte de victoire étonnante, comme si c'était la preuve que les variétés commerciales étaient mauvaises. (p.209)
On retrouve la victimisation sur les choix : "As we walked with him through a village and past rice paddies, he pointed out the modern rice varieties IR-36 and IR-38, and angrily talked about the costs of seeds, fertilizers, and pesticides. Soetomo and his colleagues argue that traditional rices are often more reliable, more nutritious, and less costly to grow." (p.212=
On retrouve l'espèce de fétichisme de "la semence", qu'on a aussi chez Vandana Shiva :
- "o Didi Soetomo of central Java in Indonesia, the seed is a bullet aimed at the heart of farmers." (p.212)
- "If they lose control of their seed, they lose control of all agricultural inputs and markets."
- "The seed is the beginning point for a much wider conversation about the future of Indonesia." (p.214)
Il encense le modèle des petites banques de semences comme pseudo-alternative aux banques centralisées : "Diversity. Choice. Options. Not one system but many. Not one basket. Not just national or international banks but community collections and biosphere reserves." (p.216) Idem p. 217 : "Jack Harlan—one of the true heroes of genetic diversity—once told us that, in the end, if diversity is to be saved, it may have to be saved by amateurs: people who love their seeds." Ceco après dénigré le CIMMYT, prétendant, sans source, qu'il avait jeté des semences ("Governments have never been very good at eternity. In Nicaragua Humberto Tapia built a coffee gene bank, a living forest of choices. The dictator, Anastasio Somoza, used it to test diseases. Mario Gutierrez collected maize diversity. But CIMMYT apparently threw it away.")
C'est débile, vu qu'elles sont toutes les chances de disparaître et d'inventorer plusieurs fois les mêmes graines. Mais c'est la logique pseudo-écologiste : "c'est mieux quand c'est petit".
Discours de la pseudo-alternative miracle : "Siripat and his organization have been helping by selecting the most use- ful fish species, subsidizing the original restocking, working with farmers to improve or restore old techniques—and seeking out the old seeds. [...] Early reports show that the fish fertil- ize the rice and cut down on the pest problems. Rice and fish yields are both soaring and family food and income have doubled among the most impovyerished families." Et la marmotte ...
"And here is where he finished his career, a victim of Lysenkoism and ultimately a martyr for genetics." (p.220)