En septembre 1992 a été tenue la "World Uranium Hearing", une sorte de procès de l'uranium par des antinucléaires européens s'étant tenu à Salzburg, en Autriche. Y avait participé, le 18 septembre, Roger Belbeoch et Martine Deguillaume de la CRIIRAD.
Roger Belbeoch : les risques pour les mineurs d'uranium
Le point soulevé par Roger Belbeoch est le risque sanitaire pour les mineurs d'uranium. Il n'est pas clair : les autorités n'auraient commencé qu'en 1980 à suivre la mortalité des mineurs, mais le premier papier publié en 1984 concerne les mineurs souterrains entre 1947 et 1972 ... Puis que la durée moyenne de suivi était 26 ans. Bref, malgré "de nombreuses choses étranges dans ces études et rapports", ces données observeraient une surmortalité de 2.4 (?) comparé au reste de la population. Il y aurait ~2 fois plus de cancers du poumon et du larynx, etc.
Il présente la faiblesse du suivi comme un scandale, négligeant le fait que ce type de suivis n'est devenu courant qu'après les années 70.
C'est une forme de réécriture de l'histoire : il tente d'appliquer les standards au moment où il écrit au passé.
Ensuite je veux bien croire que miner de l'uranium ait été nocif pour la santé, mais il manque de comparaison. En effet, je doute que les mineurs de charbon n'aient pas des surmortalités comparables ou supérieures. Surtout, même en comptant ces surmortalités, l'énergie nucléaire est infiniment moins mortelle que ses alternatives, gaz ou charbon.
Même les matériaux pour panneaux solaires et éoliennes doivent être minées. Je ne crois pas qu'il y ait de procédé de minage vraiment propre.
En retirant toute comparaison, ce discours, apparemment raisonnable, est en fait une diabolisation antinucléaire.
Martine Deguillaume : une intervention plus intéressante
Son intervention commence par l'affirmation que les français n'auraient aucun moyen "consistant" (?) pour gérer les déchets radioactifs provenant du traitement de l'uranium. Les habitants de sa région auraient été "pétrifié il y a deux ans quand ils apprirent par notre association qu'ils dormaient sur plus de 8000 curies de radium-226 dus à l'exploitation d'uranium." (rq: 1 Curie= 3,7 × 1010 Bq)
On retrouve une des désinformations classiques autour de la radioactivité consistant à présenter le Becqurel ou le curie comme une unité de mesure de la dangerosité ("oulala il y a plein de zéros" pour paraphraser JM Jancovici).
Elle continue en soulignant que les assurances des autorités (Cogema, CEA et les autorités politiques) assurent que la situation est sous contrôle, mais que le radium ayant une demi-vie, ce n'est pas fiable. Elle le fait bien sûr sous forme de question : "Mais que va-t-il arriver demain ? Nous savons que le radium a une période de 1600 ans ; qui va le surveiller, le contrôler et payer pour ? Il n'y a aucune réponse à cela." (je traduis)
Elle prétend que ce sont "les exploitants qui fixent les règles du jeu", affirmation détaillée par une déblatération pseudo-juridique que je vous laisse le soin de consulter. Elle y assimile le CEA à la Cogema ...
Néanmoins, pour la première fois en 40 ans, "les mines vont être indépendamment inspectées par le seul laboratoire vraiment indépendant". On retrouve la stratégie d'accuser tout autre organisme, y compris le CEA ou les agences de sécurité, de ne pas être indépendant. C'est aussi implicitement une prétention au désintérêt.
Elle reproche aux exploitant d'avoir enterré, outre les déchets relatifs à l'exploitation, d'autres déchets nucléaires qui auraient été "refusés ailleurs", se vantant d'en avoir fait un scandale national.
Complotisme
Ensuite elle prétend que la France parvient à poursuivre ses programmes nucléaires alors même que "la population est, pour la majorité, hautement suspicieuse de l'énergie nucléaire" en raison de la publicité faite par la Cogema (40M francs de l'époque). C'est la désinformation anticapitaliste classique.
Elle prétend ensuite que l'absence de rapport sur l'effet médical des doses faibles (de radiation) traduirait une "absence d'intérêt, si ce n'est une parfaite soumission" de la communauté scientifique française. On met ainsi un pied clairement dans le complotisme (la désinformation sur l'impact de la publicité s'en rapproche seulement).
Dépendance
Puis, elle prétend que l'énergie atomique serait le pire fardeau dont nous dépendrions, que notre indépendance et pouvoir dépendrait des ressources nucléaires, que ce serait une sorte d'extorsion (pas clair) et que les personnes "qui sont contre une centrale nucléaire ou les déchets nucléaires sont accusées d'être des traîtres à la nation."
On a ici la désinformation sur l'idée que le nucléaire ne pourrait pas garantir l'indépendance énergétique, ainsi qu'un cas évident de victimisation.
Colonialisme
Elle exprime ensuite sa "fraternité à tous ces peuples de la planète qui sont sous le joug de ce terrible pouvoir nucléaire français."
C'est l'accusation de colonialisme et s'inscrit dans le dénigrement qui a favorisé le changement d'affiliation de pays africains de la France à la Russie.
Gloubi boulga final
Elle finit avec un galimatias incompréhensible dans lequel, notamment, elle:
- Victimise un peu plus les antinucléaires ("En France, comme partout, il y a deux types de citoyens : ceux qui sont pour et ceux qui sont contre l'énergie atomique."). Ce discours s'inscrit dans la logique d'exploitation : il s'agit de faire se sentir les antinucléaires comme des résistants isolés.
- Prétend qu'ils ont "le seul laboratoire de vérification du monde qui est complètement de l'État et du contrôle publique", le CRIIRAD. Ils prétendent ainsi être "neutres" et diabolisent les autres laboratoires.
- Évoque comme des évènement à se souvenir les combat de Plogoff et de Creys-Malville. En parler comme des "victoires" permet de rassembler : "regardez, on peut gagner".
- (1) L'intégralité de la conférence : http://www.ratical. org/radiation/WorldUraniumHearing/
- (2) L'intervention de Roger Belbeoch : http://www.ratical .org/radiation/WorldUraniumHearing/RogerBelbeoch.html
- (3) L'intervention de Martine Deguillaume https://ratical .org/radiation/WorldUraniumHearing/MartineDeguillaume.html